Ces femmes qui « flyent »

Le commerce du flyer est beaucoup plus répandu qu’on ne l’imagine, et pourtant personne n’en parle. Malgré le tabou qui règne autour de ce sujet, certaines improvisatrices ont accepté de se livrer.

Martine (ce n’est pas son vrai prénom) répond à nos questions :

Smoking Sofa : Bonjour Martine, merci d’avoir accepté de faire cette interview. Tu fais partie de ces femmes à qui on parle dans la rue …
Martine : Oui, Il m’arrive souvent de me faire « accoster », comme on dit. Je n’incite pas du tout les hommes à me parler, mais voilà, ils viennent, ils me parlent.
SS : Qu’est-ce qu’ils te disent ?
M : Oh ça dépend. Il y a ceux qui n’espèrent même pas qu’on réponde, et envoient un « vous êtes charmante » sans ralentir. Il y a ceux qui procèdent étape par étape, qui posent une question anodine (est-ce qu’on a du feu ou l’heure ou la direction, etc). Et puis il y a ceux qui, comme par miracle, vont exactement dans la même direction que vous, à la même vitesse et en profitent pour engager la conversation.
SS : Comment réagis-tu dans ces cas là ?
M : (hésitation) Avant de commencer l’improvisation, je montrais bien que je n’étais pas intéressée. Pas de « eye-contact », je répondais oui ou non, le plus souvent non. Je demandais gentillement de bien vouloir me laisser tranquille, et en général, ça marchait.

(Elle se tait un instant, la gorge nouée)

SS : Et maintenant ?
M : … Je me suis mise à faire des spectacles, beaucoup de spectacles. j’avais envie que les gens viennent, que les salles soient complètes. J’avais envie de faire de la com’, de la com’, de la com’. Ça a commencé à devenir une obsession. Je donnais des flyers à mes proches, aux proches de mes proches, aux gens que je rencontrais en soirée, à tous le monde !
(rire nerveux)
Un jour, je me suis faite accoster par un « relou » comme on dit. J’allais m’en débarrasser comme d’habitude lorsque l’idée de lui donner un flyer m’a traversé l’esprit. J’ai tellement eu honte de penser ça ! Je suis partie rapidement, mais l’idée n’arrivait plus à me sortir de la tête. Je redoutais le prochain « relou » que je croiserais.
SS : Ce qui a dû arriver …
M : Oui, c’est arrivé 2 semaines après ce jour. J’ai craqué, il était très relou, j’étais fatiguée, on avait du mal à remplir les salles, je lui ai donné un flyer… avec le sourire en plus.

(sanglots)

SS : Tu pensais être la seule ?
M : Oui, c’était tellement honteux que je ne pensais pas que d’autres comme moi pouvaient recourir à ce genre de méthodes. Mais vous m’avez contactée et j’ai compris qu’il fallait briser la glace.
SS : Que veux-tu dire aux autres « comme toi » ?
M : Qu’il faut assumer tout ça. Ce n’est pas dégradant, et ça permet de faire venir du public. Si on ne se sent pas jugé, alors les gens arrêteront de nous juger pour ça. Un flyer, c’est fait pour être donné, et je ne veux pas devoir dire ou ne pas dire à qui je donne mes flyers. Je veux que toutes les improvisatrices du monde soient libres de donner leurs flyers à qui elles veulent.

 

 

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